vendredi 28 novembre 2008
vendredi 28 novembre 2008
Identification & Muppet Show
J’ai assisté lundi et mardi dernier au colloque « Science en société » où de grandes questions étaient traitées : la valeur de la connaissance, la neutralité de la technique, la déculturation dans la société de l’information, la dimension européenne de la recherche… Je vous avoue que je n’ai pas forcément tout compris. Par contre, j’ai plus accroché à un petit atelier où il était question de la crise des vocations scientifiques. Atelier qui partait de l’accablant rapport ROSE (Relevance Of Science Education) qui démontre que plus l’indice de développement des pays est élevé, moins les enfants ont envie de devenir chercheurs. Les enfants de pays développés nous disent : « La science c’est bien, mais ce n’est pas pour moi. »
Plusieurs parades ont été présentées dont les initiatives du type « la main à la pâte », où des chercheurs mouillent la blouse dans des écoles et font manipuler des élèves. L’idée sous-jacente est que nous avons tous une curiosité naturelle, a fortiori les enfants, et qu’il suffit de la diriger vers la science. C’est la théorie de l’étincelle. Une fois allumé le feu de la curiosité chez les enfants, c’est gagné : on en fait des bataillons de petits chercheurs. Vision un peu romantique et qui, à mon avis, fait l’impasse sur un point crucial: l’identification des jeunes à des figures scientifiques. Il ne suffit pas d’allumer le feu de la curiosité, il faut l’alimenter en présentant aux jeunes des figures de scientifiques auxquels ils peuvent s’identifier. Pas d’identification = pas de vocation.
Quelles sont les figures scientifiques auxquels les jeunes sont exposés ? Leurs profs de math ou de physique. Les sciences étant des outils de sélection et de souffrance à l’école, difficile de s’identifier à un prof de science.
Qui d’autre ? Les grands vulgarisateurs ? Ceux qu’on voit à la télé : Hubert Reeves, Joël de Rosnay, Axel Kahn, Albert Jacquard… Tous des vulgarisateurs extraordinaires. Excellents pour donner le goût des sciences, mais nuls pour l’identification ! Il ne vous aura pas échappé qu’il n’y pas une seule femme et qu’ils ne sont plus tout jeunes (d’où le titre de cette chronique). Pensez-vous qu’un élève de 3e puisse s’identifier spontanément à de telles figures ?
Il y aurait bien une solution : mettre en avant des jeunes chercheurs, des étudiants en sciences, des doctorants. Eux sont des figures d’identification possibles pour de jeunes élèves. Malheureusement, la vulgarisation des jeunes chercheurs cela ne se décrète pas, ni ne s’improvise. Il faut les former à ces activités. Il faut surtout reconnaître ces efforts, les valoriser dans leurs études, leurs évolutions de carrière.
Pour l’instant on fait tout l’inverse, les jeunes chercheurs sont les forces vives de la science, pas question de les divertir de leur activité de production de savoir. Qu’ils ne perdent pas une seconde à vulgariser, les chercheurs en fin de carrière font cela si bien! Dommage..., non?
JMG