mercredi 28 avril 2010
mercredi 28 avril 2010
15 minutes pour convaincre
Pour vous le printemps est synonyme de bourgeons qui éclosent, de pics hormonaux et autres douceurs. Dans les laboratoires, c’est aussi synonyme de concours d’entrée au CNRS. Chaque année, des centaines de candidats affluent vers Paris pour jouer leur avenir en 15 minutes d’oral. Le gros lot : un poste à vie au CNRS. La compétition est rude, de l’ordre d’un élu pour 30 candidats. La compétition est internationale, nombre de post-docs exilés aux Etats-Unis viennent tenter leur chance pour rentrer au pays.
L’oral qui tue
Vous avez bien lu : il s’agit d’un oral de 15 minutes (quinze), suivi tout de même de 10 petites minutes de discussion avec le jury. Si vous êtes un peu familier avec le monde du recrutement et des ressources humaines, vous êtes au courant qu’un entretien de si courte durée arrive juste devant l’astrologie et la graphologie en terme de fiabilité. Ajoutez à cela que les membres du jury sont des chercheurs lambda aucunement formés aux méthodes de l’entretien de recrutement…
Un oral de quelques minutes, un jury d’amateur, cela ne vous rappelle rien ? Mais si, bien sûr, la Star Academy (sauf qu’au CNRS les téléspectateurs ne peuvent pas voter). Certes, les candidats fournissent aussi un dossier écrit, un projet de recherche, permettant au jury de juger sur un autre critère que la prestation orale. Mais les candidats avec de bons dossiers sont nombreux... et au final il ne reste que l’oral pour les départager.
La naissance du flair
Pour avoir trainé mes fonds de culottes dans ces concours CNRS, d’abord comme candidat, puis en tant que membre du jury je voudrai témoigner d’un phénomène curieux. A force de voir défiler les candidats, vous avez l’impression que vous développez une intuition : vous devenez capables de détecter les meilleurs. Comme les cochons qui trouvent des truffes. A quoi cela tient ? C’est impalpable, des intonations de voix du candidat, une façon de répondre aux questions, de l’assurance mais pas d’arrogance, une franchise dans le regard… ??
Bonne nouvelle : vos collègues, les autres membres du jury, ont aussi l’impression d’acquérir ce 6e sens. Mauvaise nouvelle : il est bien rare qu’ils flashent sur les mêmes candidats que vous! D’où des délibérations du jury homériques.
Deux choses sauvent le système. La première c’est le temps, il faut bien que la délibération se termine un jour, donc le jury finit toujours par se mettre d’accord. La deuxième, c’est le grand nombre de bons candidats. Finalement, même en les sélectionnant à la courte paille, le CNRS aurait de bonnes chances d’engager de bons éléments. Au final le CNRS s’en tire, par contre, pour les candidats c’est d’une incroyable cruauté. Heureusement, cette année, comme le fait remarquer le bloggeur Tom Roud, le nuage de cendre a permit à ceux qui venaient de loin de déclarer forfait en gardant la tête haute.
JMG